Édito

Éloge de l’inutile

Article mis en ligne le 26 avril 2021
dernière modification le 28 avril 2021

par Gilles WAEHREN

Éloge de l’inutile

Le monde de la culture (dont les enseignants font aussi partie) a été fortement touché par les mesures de lutte contre la pandémie. Le bien-être et la santé de tous étant une richesse inaliénable, on est en droit de croire que les activités non vitales doivent être mises à l’arrêt pour garantir cette protection. On peut aussi se demander si la pratique d’une activité culturelle n’est pas d’une égale importance avec celle d’une activité physique, dont les bienfaits sont incontestables.

Pour protéger leur économie et le bon fonctionnement de leurs infrastructures, beaucoup de pays ont donc décidé de suspendre les spectacles ou les expositions. Sans répéter cette tirade attribuée à Churchill, on peut poser la question sous-jacente : quel est le vrai objectif de ces sacrifices ?

Comme en temps de guerre, des personnes très qualifiées et très compétentes (sans ironie aucune) ont fait la part entre ce qui était essentiel, utile, et ce qui ne l’était pas. Dans l’urgence présente, ils n’ont eu guère de temps de débattre et travailler dans la nuance ; certaines mesures universelles prises de façon uniforme en sont la preuve. Je ne pense pas être mieux à même que les conseillers de nos dirigeants pour faire ce genre de choix, ou alors tout le monde en est capable.

Je me pose la question du sens que l’on donne au mot « essentiel ». Pouvons-nous être si insouciants qu’on veuille se battre pour ce qui est désigné comme non utile ? Une phrase du trimestre de votre publication préférée rappelait récemment la richesse du temps perdu dans le travail de l’enseignant. Le plus important est-il nécessairement le plus productif ?

Le sentiment de certains enseignants est que, s’ils n’ont pas eu à subir le deuxième confinement, c’est pour permettre aux salariés, dont l’activité génère une forte valeur ajoutée, de continuer de produire ou pour justifier le salaire que le ministère de l’Education Nationale continue de verser aux professeurs ; alors que beaucoup de Français ont perdu leur emploi dans cette période. Tous les professionnels du monde de la culture n’ont pas pu se targuer de telles prérogatives. J’espère que 2021 montrera à nos dirigeants que la curiosité n’est pas une activité non essentielle.

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