Communiqué de presse du bureau de l’APMEP, 25 novembre 2019
Article mis en ligne le 27 novembre 2019

par Gilles WAEHREN
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L’enseignement des mathématiques au lycée, de l’universel au confidentiel ?

 

Le nouveau lycée est entaché d’une erreur de conception dont on ressent déjà les effets délétères : l’appauvrissement très inquiétant de l’offre de formation mathématique. Les élèves de la spécialité de première se plaignent de sa difficulté, les parents s’inquiètent de voir leurs enfants en échec, les enseignants souffrent de voir une partie de leurs élèves décrocher. Les médias et réseaux sociaux relaient ce mal-être, hélas prévisible : « les maths, c’est trop dur ! ».

Et pourtant les maths n’ont pas de raison d’être plus difficiles que toute autre discipline scolaire... Cette façon de comprendre le monde, du point de vue structurel, c’est de la raison, de l’apprentissage déductif, du jeu, du plaisir de résoudre des questions dont l’évidence n’est pas donnée d’emblée. En ce sens, c’est un savoir fondamental de la culture humaine, à vocation universelle et émancipatrice. Il faut le partager. La communauté mathématique, les enseignants, les vulgarisateurs, tous le disent, les maths sont partout, des sciences aux arts, de la biologie à l’économie, de la physique à la littérature, de l’industrie à la philosophie. Ce besoin de comprendre comment le monde est fait, comment il fonctionne et sur quoi il repose est inhérent à l’activité humaine. Le lycée, lieu de la culture humaniste, ne peut impulser l’élan vers des professionnalisations variées s’il institue l’enseignement des maths comme réservé à quelques-uns.

D’où provient cette volonté, Monsieur le Ministre, de réduire l’efficacité des mathématiques aux sciences de la matière et d’en interdire l’accès à de nombreux élèves ? Pourquoi avoir décidé de restreindre leur présence dans le tronc commun de la voie générale à leurs applications au calcul ? Pourquoi les attacher exclusivement à un seul type de formation ? Nous ne le comprenons pas.

En actant cela, la réforme du lycée a produit ce que nous avions annoncé : un désintérêt, un découragement, une rupture, le sentiment étrange que pour faire des maths, il faut avoir un cerveau bossu. Et nous entendons chez nos élèves ce que nous désirons ne plus entendre : « les maths... c’est pas fait pour moi ».

Nous défendons l’accès à la pensée et l’activité mathématique pour tous, de la maternelle à l’université. Nous refusons par ailleurs de dire que le programme de première est trop difficile, et ne pensons pas qu’il soit trop exigeant. Il remplit une mission et permet un apprentissage profond et pertinent à tous nos futurs ingénieurs, scientifiques, informaticiens, chercheurs. Ce que nous disons, c’est que la place faite aux maths dans le nouveau lycée est décevante et manque d’exigence éducative. Cette exigence imposerait de partager le savoir mathématique avec tous, de pouvoir en offrir l’accès à chacun, d’entrer dans la complexité sans la nécessité de virtuosité. La spécialité maths du cycle terminal n’est pas « trop dure » et nous ne demandons pas de la « simplifier ». Simplement, elle n’est pas conçue pour tous ceux qui la suivent. Un des problèmes du lycée actuel est qu’il manque étonnamment de mathématiques. Il eut fallu diversifier les approches et permettre à des élèves de poursuivre, sans l’ombre pernicieuse de leur « nullité » en mathématiques, des études en sciences humaines, en sciences de la vie, en médecine, en architecture, en production industrielle... La liste serait longue de ceux à qui les maths feront défaut.

Nous demandons que l’institution comble aujourd’hui ce manque. C’est indispensable pour garantir les parcours professionnels d’une grande majorité d’élèves, pour les besoins de la société de demain, et pour donner de l’air au vivier déserté des futurs enseignants de mathématiques. Perdre la vitalité de l’apprentissage des maths ne peut amener qu’à un effondrement global de la culture mathématique. Et comme un apparent paradoxe, si notre société saura certainement garder son élite mathématique, elle perdra en grande partie les acteurs de la formation de ces élèves pour qui la spécialité maths a été conçue.

Le bureau de l’APMEP

 


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