Edito 139 : Un monde sans probas
Article mis en ligne le 7 septembre 2019

par Gilles WAEHREN
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Synopsis. Hector vit dans une « éponge » ; c’est un cube de béton percé d’alvéoles qui sont chacune un logement individuel ; tous ses concitoyens ont le même. Des robots et des ordinateurs se chargent des infrastructures. Hector travaille, lui, au tri des bulletins de Lotto ; ce jeu est une loterie à six numéros entre 1 et 100. Tout le monde est obligé d’y miser l’intégralité de son salaire net journalier. Les finances dédiées aux besoins humains sont prélevées à la source. Il n’est donc pas possible d’épargner, mais on peut toujours chercher à augmenter sa mise en la préservant plusieurs jours. Ceux qui ont tenté de la garder trop longtemps, ont été contraints de jouer tout leur capital dans un casino, où ils ont tout perdu : retour à la case départ. Celui qui parvient, tout de même, à mettre en douce suffisamment d’argent de côté peut s’échapper vers l’ « Autremonde », mais la vie y sera à ses risques et périls. Par contre, celui qui gagne au Lotto, rejoint le « Rêvemonde », un univers dans lequel il n’est plus besoin de travailler et où la vie est douce... jusqu’à ce que tous les gains aient été dilapidés. Le monde d’Hector est gouverné par une oligarchie, dont le personnage central est Lotus, une machine à l’intelligence artificielle particulièrement développée. C’est elle qui donne les résultats quotidiens du tirage du Lotto. C’est elle qui vérifie que les dix milliards d’habitants suivent bien les règles édictées par le gouvernement. Les tâches secondaires de communication ou de gestion sont confiées à certains humains qualifiés, parmi lesquels « Numéro Deux », porte-parole de Lotus, et l’ « Archiviste », seul détenteur de tous les documents constituant la mémoire de l’humanité.

Hector a réussi à soustraire aux archives une partie de l’héritage familial : les lettres échangées entre son ancêtre, Blaise Pascal, et Pierre de Fermat. Le soir, après le travail, il s’efforce de déchiffrer et de comprendre le contenu de cette correspondance ; alors que son apprentissage scolaire est réduit à la lecture de documents techniques et au rangement alphabétique ou numérique. Il finit par réaliser que ses chances d’entrer un jour dans le « Rêvemonde » sont infimes et se met alors à garder de l’argent. Il est rapidement arrêté et envoyé en camp de jeu forcé, dans les casinos. Il y met en application certaines des lois transmises par son ancêtre et déjoue, à force de martingales, la roulette, le baccarat, allongeant, certes, sa durée de détention, mais jetant le trouble chez les organes de contrôle du camp. On le renvoie alors dans son éponge, en gardant ses gains. À son retour, Hector s’empresse de raconter son expérience à ses collègues, à ses colocataires et beaucoup viennent le voir pour apprendre ses stratégies de réussite, espérant réussir là où lui a échoué. Il devient le chef d’une organisation qui devient de plus en plus visible et dont l’existence vient perturber les circuits de Lotus : les gens jouent de moins en moins au Lotto.

Alors qu’Hector commence à incarner un nouvel espoir pour tous ses concitoyens qui ont compris que le Lotto ne leur apportait rien, il est convoqué par « Numéro Deux ». Lors de cette rencontre, l’ « Archiviste » lui révèle connaître les secrets de ses techniques de jeu, qu’il a retrouvés dans les ouvrages de « Probabilités » présents dans sa bibliothèque. Lotus décide que ces connaissances ne doivent pas circuler dans la population. Hector est alors banni, sans ressource, dans l’ « Autremonde ». Dans un discours à la population, « Numéro Deux » raconte qu’il n’y a pas de hasard dans le Lotto, que Lotus choisit les citoyens qu’il veut voir dans « Rêvemonde » et qu’Hector Pascal n’est qu’un imposteur aux théories maléfiques. Les habitants, incapables de faire la part du vrai et du faux, avalent amèrement ces paroles et retournent à leur train-train, espérant un jour connaître un monde meilleur. Fin.


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