Le droit à l’erreur
Article mis en ligne le 22 février 2019

par Gilles WAEHREN
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Le droit à l’erreur

Souvent me prend l’irrépressible envie de confisquer correcteurs et autres effaceurs pendant les devoirs surveillés. D’une part, l’élève perd du temps (et celui-ci est limité) à rafistoler son travail ; d’autre part, il censure des idées dont, parfois, seul le professeur peut évaluer la justesse. J’essaie de les inciter à indiquer, dans la marge, l’endroit où ils pensent s’être trompés. Encore mieux : pourquoi ils croient que leur résultat est faux. J’essaie de leur faire comprendre que tout le monde a le droit de commettre une erreur, que cela nous aide à progresser, mais qu’il faut avoir le courage de le reconnaître et faire son possible pour se corriger. Même le professeur peut dire ou écrire une bourde ; et je leur montre quand je me trompe, pourquoi et comment je rectifie (j’espère que mes élèves ne s’imaginent pas que le professeur est infaillible). J’aimerais les former pour qu’ils adoptent cette attitude dans leur vie future.

J’aimerais que, quand un ministre de l’Éducation Nationale et ses conseillers conçoivent une réforme, ils aient aussi ce fonctionnement. Celle de la rentrée 2019 se met en place dans l’anarchie la plus complète entre directives contradictoires et initiatives locales hasardeuses. Les répartitions horaires ont été traitées dans la plupart des lycées : les suppressions de postes attendues sont là. Comment le ministère envisage-t-il que son projet alambiqué va se développer, alors qu’il entrave la souplesse d’une dotation horaire généreuse ? J’ai la réponse : mal. Voilà une machine d’une complexité diabolique qui va devoir tourner sans huile. C’est maintenant qu’on aimerait entendre : « Sur la réforme du Lycée, on s’est trompé : elle ne peut pas réussir avec moins d’heures de cours, moins de professeurs. » Et j’ajouterais : « Avec moins de maths. »

Car il faut avoir été un bien piètre comptable pour faire de tels calculs d’apothicaire. Il faut être particulièrement obtus pour ne pas voir les failles d’une théorie selon laquelle on peut administrer l’Éducation Nationale comme Jeff BEZOS gère Amazon. On ne doit pas faire d’économie de moyens sur la jeunesse de notre pays. Plus personne ne croit au modèle d’éducation à la française : il n’a pas su s’adapter aux besoins grandissants de nos élèves et on ne cesse de le dénaturer. La confiance dans notre école diminue, tant les discours dégradants envers la formation ont fini par prendre valeur de vérité. Dix ans d’économie de bout de chandelles, d’élucubrations sur les finalités de l’enseignement ont anéanti les ambitions de beaucoup de professeurs pour leurs élèves. Nos dirigeants ont-ils fait ce constat ? Une réforme ambitieuse demande des investissements ambitieux ; qu’elle soit bonne ou non.

Il y a une faute de calcul dans les moyens attribués, alors on reconnaît son erreur et on la corrige ! Pour que ce genre de mésaventure ne se reproduise plus, on donne une place décente aux maths et on recrute ! Le prof a dit.


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